mercredi 8 août 2012

Trêve de niaiseries, restons debout !


L’État nous affame. La reprise de la session est imminente et nous voilà sans le sou. Les plus précaires d’entre nous souffrent des conséquences de la grève qu’on veut nous faire payer. Le prochain transfert d’aide financière tarde à venir et les coffres de nos organisations sont, pour la plupart, à sec. Si la grève reprend, on nous menace à coup d’amendes salées et de la  dissolution de nos associations étudiantes. Si les cours reprennent pendant la campagne électorale, comme le souhaitent les tenants d’une «trêve» qui n’en est pas une, on nous imposera une surcharge de travail insoutenable dans un contexte de tension insupportable, tout en concédant la victoire à l’ennemi. Et cet ennemi ne sera pas moindre si les libéraux ne sont pas réélus, car tous les partis aspirant au pouvoir - aussi «progressistes» soient-ils - devront nous imposer, au travers leur «légitimité» électorale, ces politiques d’austérités tarifaires qui symbolisent la réponse néolibérale à la crise économique de 2008.

Une trêve unilatérale n’en est pas une 

À force d’en parler on finit par y croire, mais n’oublions pas que les mots ont un sens et ce que nous propose la droite du mouvement étudiant n’est pas une trêve. Le gouvernement ne met pas un frein à la loi spéciale ou à la hausse. Au contraire, il use de chantage avec les prêts et bourses et les cotisations aux associations étudiantes pour nous prendre à la gorge. Il n’y a que nous qui concédons quelque chose l’instant d’un moment, ce qui constitue en fait une capitulation.

L’idée de la «trêve» pose directement la question du maintient du rapport de force que nous avons construit d’arrache-pied. Ce qu’on nous demande, c’est d’arrêter la grève pendant plusieurs semaines, pour nous plonger dans une session intensive en tentant d’y surnager malgré notre sentiment d’impuissance lié à la conclusion du conflit. Il n’en faudrait pas davantage pour que le momentum du mouvement étudiant et son rapport de force se noient dans le découragement, dans un manque de temps et d’énergie que ne pourront empêcher les meilleures volontés. Si la poursuite de la grève semble ardue, sa reprise suite à une «trêve» frôle l’impossible.  À cela s’ajoute l’impératif de conserver en main les armes que nous nous sommes forgées, ce rapport de force que nous avons affûté au fil des mois: la menace de plus en plus tangible de l’annulation de notre session. Cet accroc à l’engrenage bien huilé du système d’éducation effraie tant l’État qu'il contorsionne le calendrier scolaire à l’extrême pour l’éviter. Cela ne sera plus possible si la grève se prolonge. C’est aussi pour cela que la répression se fait aussi agressive. Si nous nous arrêtons le temps que les choses se placent, repartir en grève signifiera devoir rebâtir tout ce que la plus large contestation étudiante aura pu faire et devoir même aller au-delà, parce que tout ce que nous aurons fait n’aura pas été suffisant et que l’État s’attendra toujours, désormais, à une capitulation imminente sous la menace, sans aucune concession de sa part.

La peur de Charest

Plusieurs brandissent l’épouvantail d’une victoire électorale du PLQ qui serait causée par l’écoeurement de la population face à nos moyens de pression. Dans ce scénario, le PLQ récolterait les fruits de sa stratégie de pourrissement du conflit en jouant la carte de la loi et de l’ordre, de sorte que continuer la grève reviendrait à travailler à la réélection de Charest. Par conséquent, il faudrait limiter nos moyens d’action durant la grève, et attendre après les élections avant de relancer celle-ci. C’est un marché de dupes auquel on nous convie: si la grève continue, elle est présumée servir le PLQ, alors que si celle-ci arrête, le gouvernement pourra se targuer d’avoir maté le mouvement avec son intransigeance et sa loi spéciale.

Le problème de cette vision c’est qu’elle repose sur une fausse prémisse, à savoir que tout moyen de pression profiterait électoralement au PLQ. Or cette opinion ne résiste pas à l’analyse. Non seulement le PLQ a-t-il perdu plus de 15% de ses appuis lors des récentes élections partielles de ce printemps, où le souvenir de la grève était encore très frais et les diverses manifestations encore importantes, mais en plus la prime électorale apportée par le thème de la loi et de l’ordre risque d’être divisé entre la CAQ et le PLQ. Bien que la CAQ soit aussi à droite que le PLQ, le positionnement particulier du parti de François Legault sur la question étudiante va certainement diviser le vote de l’électorat de droite, ce qui affaiblit encore la thèse voulant que la grève serve la réélection de Charest. De plus, si la grève se poursuit, l’impression voulant que le PLQ ait mal géré la crise volontairement et ait tenté de s’en servir pour se faire du capital politique pourrait devenir très forte.

Nos interlocuteurs en période électorale

En campagne électorale, l’Assemblée nationale est dissoute, mais il serait faux de prétendre que nous n’avons plus d’interlocuteur. Le gouvernement continue de gouverner et rien n’empêche le Conseil des ministres de décréter la satisfaction de nos revendications - comme il vient par-ailleurs de le faire avec les professeurs de cégep - mais surtout, les forces économiques à l’origine de la hausse ne disparaissent pas avec les élections. Au contraire, l’État cherche à se servir de la seule journée où ils nous demandera notre avis en quatre ans pour redorer son petit vernis démocratique mis à mal par des mois de contestation. Après qu’on ait développé une pratique de démocratie directe dans nos assemblées, de prises de décisions collectives qui peuvent être remodelées, repensées, ou alors battues, pourquoi devrions-nous nous résigner à abandonner ce pouvoir aux mains d’individus qui n’ont de comptes à rendre à personne d’autre qu’aux intérêts corporatistes et capitalistes qui guident leurs politiques ? Pourquoi devrions-nous plier l’échine devant leur démocratie représentative, qui s’oppose à la nôtre qui est, elle, directe ?  À moins de considérer que notre grève relève d’un enjeu corporatiste strictement étudiant, on ne peut prétendre que notre interlocuteur disparaît avec les élections puisque l’enjeu de notre lutte est beaucoup plus large.

Pouvoir et contre-pouvoir : dicter les règles du jeu

Notre rôle devrait être de s’imposer comme un contre-pouvoir, en continuant de combattre la hausse et la loi spéciale, puisque tout les partis pouvant raisonnablement aspirer au pouvoir ne proposent qu’un compromis sur cette question. Or si les choix qui nous sont présentés sont si limités, c’est qu’ils sont déjà faits par les groupes et lobbys qui contrôlent l’État et qui sont en mesure de lui opposer une toute autre pression que celle que le mouvement étudiant, à cause des moyens d’action qu’il prône et des ressources dont il se dote, est capable de réaliser.  Pour aspirer à gouverner, les partis doivent se conformer à un cadre raisonnable qui ne remet pas en question les intérêts des classes dominantes, de sorte que si les partis ont des différences réelles, ils demeurent en accord sur le fond pour sauvegarder ces intérêts. C’est donc à un ensemble de politiques néolibérales qui favorisent systématiquement certaines classes sociales que nous sommes confrontés. C’est justement dans ce cadre que le mouvement étudiant a tenté de placer sa lutte. La fuite du gouvernement par le biais des élections nous permet de poser plus largement la question des frais de scolarité, de la faire sortir de ses ornières corporatistes et de poser à une échelle plus large les enjeux que notre lutte soulèvent. Mais si le mouvement étudiant se laisse séduire par l’idée d’une trêve, il se trouverait désarmé et dépendant, à la solde d'une stratégie électorale qui lui est extérieure et sur laquelle il n’aurait aucun contrôle. Il doit lutter sur son propre terrain, avec les armes qui sont les siennes, en réaffirmant encore plus fort la légitimité de la démocratie directe et en l’opposant à une démocratie de façade qui ne s’exercerait qu’une fois tous les quatre ans.

En ce sens, le contexte des élections ne justifie pas une «trève», dont, soit dit en passant, la justice ne ferait jamais don à tou-te-s les arrêté-es de la grève. Au contraire, il faut que l'ensemble des partis en campagne qui aspirent à prendre le pouvoir soient soumis aux contraintes que leur impose un mouvement démocratique, ouvert et combatif. Il faut que la légitimité l'emporte sur la légalité. Pourquoi leur donnerait-on un break? Si le bourbier administratif et ses conséquences engendrées par la grève de l'hiver n'ont convaincu ni l'un ni l'autre des principaux partis à s’engager formellement dans l’amélioration des conditions de vie des étudiant-es, c'est qu'ils souhaitent un essoufflement imminent. Une trêve serait leur donner satisfaction. Il en va de même pour la loi 78: le meilleur moyen de la faire tomber, c'est de ne lui reconnaître aucune légitimité et de ne pas la respecter, comme ce fut fait pour les injonctions et par le mouvement des casseroles.

Une campagne électorale n’est pas un lieu d’expression démocratique. La trame narrative de la campagne est largement dictée par les médias. Ce sont eux qui choisissent les sujets importants à traiter et les termes d’une lutte qui est davantage basée sur les relations publiques que sur un réel débat politique, qui définissent quels sont les enjeux de la campagne, qui décrètent qui sont les candidat-es crédibles, et qui donnent de l’espace médiatique de manière asymétrique en fonction de leur lignes éditoriales, si bien que le résultat des élections peut être prédit avec une certaine justesse par l’indice du poids médiatique des divers partis. Ainsi, cette trame narrative est imposée par des entreprises privées poursuivant des intérêts la plupart du temps distincts de ceux des classes populaires, enfermant le processus électoral dans des cadres acceptables et dictant les règles du jeu parlementaire. Or, le véritable pouvoir ne réside pas dans le fait de choisir un gouvernement non imputable à l’intérieur d’un éventail de propositions limitées et inoffensives, mais bien dans le fait de pouvoir ou non être en mesure de dicter les règles du jeu. Pour un mouvement social comme le nôtre, cette capacité à faire changer les règles du jeu, à faire bouger les limites étroites dans lesquelles les politiques néolibérales nous enferment réside bien plus dans la construction d’un rapport de force avec l’État et les intérêts qui le contrôlent que dans la participation à un jeu électoral dont les règles nous défavorisent.

Conditions matérielles, conséquences de la loi 78: s’organiser autrement

Lorsque nous avons voté d’aller en grève, ce choix s’est fait collectivement. Nous avons choisi un moyen de pression qui ne pénaliserait pas individuellement ceux et celles qui le mettraient volontairement en application. Nous avons fait le pari de miser notre session à tou-te-s, son retard ou son annulation et de rester solidaire dans ce choix: nous rentrerions ensemble ou ne nous rentrions pas. Voilà que maintenant l’État tente par tous les moyens dont il dispose de briser cette solidarité pour nous faire assumer individuellement les conséquences de cette grève. Plusieurs de ceux et celles qui ont tenu les lignes face aux injonctions et manifesté malgré la loi 78 se sont retrouvés seul-es aux prises avec la justice et les tickets. Si elle survient maintenant, la rentrée, peu importe le nom qu’on lui donne, sera un cauchemar ayant pour trame de fond une tension insoutenable, tournant le fer dans la plaie de l’absence de gain et les conditions de retour en classe nous serons imposées. L’horaire surchargé auquel nous serons astreint restreignera les possibilités de travail rémunéré permettant de pallier le manque financier du non-versement des prêts et bourses de ce début d’automne. Et que dire des parents-étudiants qui doivent partager leur temps précieux entre famille et études, les étudiants et étudiantes internationales et réfugié-es qui ne peuvent se passer de travail pour payer des frais plus élevés que les nôtres et  qu’aucune bourse ne vient alléger, les plus pauvres qui ne peuvent compter sur le soutien de leur famille, etc.

Si nous essuyons docilement une défaite, il ne fait aucun doute que nous ne serons pas en position de construire le rapport de force nécessaire pour négocier des conditions acceptables de rentrée en classes. Encore une fois, seule la poursuite de la grève ou la menace de cette poursuite sera en mesure d’imposer une pression suffisante, autant au niveau local (où beaucoup des enjeux du retour en classe se négocieront) qu’au niveau national, où nous aurons à nous occuper des victimes de la criminalisation du mouvement et de celles et ceux touchées par les insuffisances des prêts et bourses.

En contrepartie, il serait faux de dépeindre la continuité de notre grève comme la simple poursuite de ce qu’elle fut. Loi 78 oblige, celles et ceux qui oseront mettre en application les mandats légitimés par la démocratie directe de nos asssemblées générales devront serrer les dents face à une répression violente de la police et aux amendes aux montants astronomiques. L’État menace aussi les associations étudiantes de dissolution en leur retirant l’accréditation qu'il leur avait concédée pour mieux les encadrer. Cependant, tenter de se replier au nom d’une stratégie de défense du droit d’accréditation que l’on menacerait en contrevenant au retour en classe ne ferait que démontrer la soumission dans lequel ce statut les maintient. À ce prix, il serait plus souhaitable que les accréditations tombent que de se replier pour les préserver. Le rapport de force des associations étudiantes auprès des directions des institutions scolaires pourrait justifier à lui seul la prise d’une entente permettant aux associations étudiantes d’avoir le plein contrôle sur les versements de leurs cotisations, comme cela était une pratique courante jusqu’aux années 1990. Les associations étudiantes n’ont pas toujours eu les moyens financiers et logistiques dont elle disposent maintenant, mais pourtant cela ne les a jamais empêché de lutter avec acharnement pour le droit à l’éducation. Plus que jamais depuis le début de la grève, pour être en mesure de la poursuivre, nous aurons à faire appel à notre capacité d’auto-organisation à l’extérieur des structures habituelles des associations étudiantes pour l’organisation politique, la défense de nos droits et l’entraide pour faire face à nos conditions de vie précarisées. Les solutions alternatives sont nombreuses; hébergements militants, comités de mobilisation et groupes d’affinités, co-voiturage, cuisines collectives et récupération de bouffe, assemblées d’entraide directe, prêts de salle par des organismes communautaires, soutien des Assemblées populaires autonomes de quartier (APAQ), etc.

La responsabilité étudiante


La force de notre mouvement dépend de sa capacité à imposer le choix des armes et du terrain sur lequel la bataille se jouera. Si nous  choisissons ce soi-disant retour forcé en raison des diverses contraintes de l’État, en nous disant qu’il est de notre initiative parce qu’on y appose nous-même le nom de «trêve électorale», nous n’en aurons pas moins tout perdu. Concéder une trêve électorale, c’est entrer sur un terrain où tout est contre nous, où nous n’avons pas le choix des moyens et où notre parole sera enterrée par le discours partisan et les média. Il est plus que jamais nécessaire de réaffirmer la légitimité de nos assemblées générales, des institutions étudiantes qui depuis près de 50 ans luttent pour l’accessibilité à l’éducation et pour protéger la société contre les politiques dévastatrices de gouvernements trop souvent à la solde d’intérêts privés.

L’histoire du syndicalisme et des mouvements sociaux est faite de lois spéciales, d’interdictions, de répression, d’arrestations. Avec la loi 78, avec les injonctions, et maintenant avec le piège électoral, l’État cherche à museler les capacités de résistance qui jaillissent d’une société trop souvent mise à mal par des politiques ne favorisant que les minorités dominantes. C’est en ce sens que le mouvement étudiant a une responsabilité plus large que vis-à-vis de lui-même. Il est dangereux de permettre à un gouvernement de désarmer toute opposition réelle. Ne le permettons pas.

mercredi 16 mai 2012

Merci

Nous étions nombreux et nombreuses au Palais de Justice, en solidarité avec des camarades qui vivent actuellement des heures sombres dans les geôles de la police. Merci d'être venu-es démontrer que nous resterons debout, à ne pas avoir peur, à continuer de défier le gouvernement, même si celui-ci inculpe des grévistes en vertu de mesures anti-terroriste. 



Nous devons continuer de nous montrer solidaires car si nous ne le faisons pas, cela révélera une fracture, une division alors que ce ne sont pas seulement. 4 personnes qui se font juger, mais toutes les autres qui ont des procès en attente, qui ont été aussi emprisonnées, qui ont perdu un oeil, des dents, qui se font briser une jambe ou des côtes, intoxiquer par les gaz du SPVM et de la SQ. Que vous les connaissiez ou non, ça pourrait être la personne qui est à côté de vous dans une manif ou une action, une personne avec qui vous avez crié des slogans, avec qui vous avez couru parce que les flics chargeaient dans le tas, et peut-être même une personne avec qui vous avez discuté, pris un tract, bu une bière. Ça peut être n'importe qui d'entre nous. Continuons à se serrer les coudes pour aller de l'avant.

Aussi, pour d'autres infos, voici une initiative de leurs collègues de l'UQAM: https://sansterrorisme.wordpress.com .

samedi 12 mai 2012

The show must go down



L'escouade médiatique, avec aux avant-postes le journal La Presse et ses journalistes Gabrielle Duchaine, Vincent Larouche et Daphné Cameron, est parvenue à cerner le bouc-émissaire depuis longtemps recherché. Dans la tempête sécuritaire délirante qui souffle sur Montréal depuis la paralysie matinale du service de métro, notre groupe est pointé du doigt par ces médiocres journalistes comme l'épouvantail de service, le repère de radicaux et de radicales en pleine révolte, une poule pas de tête qui s'agite dans tous les sens en ayant pour objectif la perturbation maximale de tout ce que cette société compte de ponts, de tunnels, de chemins de fer, et quoi d'autre encore ?

Les règles du jeu: les nôtres

Nous ne nous livrerons pas en pâture aux journalistes, qui cherchent désespérément à nous contacter pour obtenir nos commentaires, car nous refusons de participer au cirque médiatique. Les informations que ceux-ci et celles-ci recherchent à notre sujet se trouvent déjà sur notre site et elles sont accessibles à quiconque daigne s'intéresser un minimum à notre projet. Nous n'avons rien à dire de plus que ce qui y est déjà écrit, et l'ensemble de nos textes déjà parus nous semblent de nature à satisfaire toute curiosité à notre égard.

Nous appelons plutôt à la solidarité active sans dissociation ni condamnation avec toutes les personnes criminalisées par l'État dans le cadre du mouvement de grève actuel, que ce soit en raison d'actions de perturbation, de manifestations ou dans les situations d'injonction. Cette solidarité s’exprime par une responsabilité collective vis-à-vis du sort de chacune et chacun. Dénoncer la criminalisation par des manifestations ou des vigiles, s’opposer aux arrestations ciblées et à la délation, apporter un soutien légal, financier et moral aux arrêté-es et exiger l’abolition de leurs chefs d’accusation, surveiller les pratiques de la police, soigner les blessé-es, se serrer les coudes. Tout ceci constitue les bases d’une culture de lutte qu’il faut entretenir et développer. La répression policière et ses conséquences à court, moyen et long terme est une attaque sans commune mesure avec les actions qui ont ponctué le mouvement en cours. Nous nageons toutes et tous dans le même bassin de marde. Nous ne laisserons personne s’y noyer.

La mise en scène d’un show de boucane

Nous réagissons ainsi au traitement médiatique et policier qui prévaut actuellement. Nous constatons qu'avant même que des accusations formelles ne soient portées par le Service de Police de la Ville de Montréal, les personnes soupçonnées d'être à l'origine de l'action de jeudi matin dans le métro de Montréal ont eu droit à une inquiétante présomption de culpabilité, relayée sans gêne par les médias. Leurs adresses personnelles ont été dévoilées, leur vie privée scrutée à la loupe, les commentaires désobligeants de faux amis ont été publiés comme une vérité indiscutable. Leurs opinions politiques ont été ostracisées, en dépit de la présomption d'innocence qui, dans un pays où les élites politiques et le consortium médiatique s'empressent à tout bout de champs d'en vanter les mérites démocratiques, semble ici avoir été curieusement balayée du revers de la main par les piètres enquêteur-es et chroniqueur-es bas de gamme.

Le désir pervers des journalistes et de leurs boss est de diaboliser des militantes et militants en premier lieu, puis un groupe politique en second, et par extension l'ensemble des groupes qui se positionnent à la gauche de la CLASSE et des fédérations étudiantes. Il s'agit, hors de tout doute, d'une attaque politique en règle. La dénonciation et la stigmatisation font partie intégrante du processus de répression, car elles apportent une caution à celle-ci. En choisissant cette voie, La Presse et ses suiveux nous démontrent, encore une fois, de quel côté de la barricade ils se dressent: celui de la matraque, des arrestations, des gaz, du poivre et des balles de plastique. Les petits chefs de pupitre appuient l’érosion de nos libertés tel que prévu dans les projets de lois sur le port du masque et l’obligation de fournir un trajet pour les manifestations. Est-il étonnant, dans ce contexte, de constater que Jean Charest lui-même profite des largesses du propriétaire de ce torchon, en séjournant à plusieurs reprises dans son somptueux domaine de Sagard ?

Nous condamnons avec force les méthodes fascisantes qui se multiplient présentement au Québec lorsqu'il s'agit de traiter des événements de perturbation sociale. Nous estimons qu'en regard de la brutalité de l'État contre ceux et celles qui osent contester son autorité, le mouvement social actuel est davantage docile que perturbateur. Les minorités agissantes qui commettent des actes pour lesquels elles s'exposent à des peines criminelles sont sans surprise traînées dans la boue par les faiseurs ou faiseuses d'opinions à la sauvette, les laquais de l'industrie médiatique, elle-même au service d'intérêts autrement supérieurs. Nous revendiquons le droit à la résistance pour toutes celles et tous ceux qui en ont ras le bol de cette société étouffée par la désinformation continuelle des médias de masse, qui ne sont plus capables d'endurer les politiques antisociales du gouvernement. Pour tout le monde écœuré de se faire agresser, blesser et insulter par les forces de police - qui laissent entre la vie et la mort des manifestantes et manifestants dont on ne daigne même plus, par la suite, s'interroger sur leur sort - pour toute cette masse de gens qui, partout dans le monde, luttent contre toutes les violences imposées par la restructuration capitaliste, pour toutes ces personnes-là, nous revendiquons le droit à la juste colère, à l'action directe et à la révolte contre un système politique, économique et social qui abrutit les consciences et détruit des vies.

À vouloir criminaliser toutes formes de protestations, à vouloir terrifier les contestataires pour mieux alimenter les fantasmes de bûcher d'une « opinion publique » contrôlée, l'État, dans un élan totalitaire, consolide son austérité à coups de violences dites légitimes. Il ne recule pas, ne discute pas, ne s'ébranle pas outre-mesure face aux répercussions de son intransigeance. Il consacre plutôt toutes les ressources dont il dispose à faire taire une bonne fois pour toute un mouvement social qui a mainte fois fait ses preuves. Il espère qu'une fois qu'il en aura fini de marginaliser, de diviser et de ridiculiser les critiques qui s'élèvent à l'égard de ses politiques tarifaires - ce en quoi consiste le projet néolibéral - il aura champ libre pour poursuivre la purge des services sociaux que l’on voudrait libres du privé, de qualité et accessibles… Nous ne nous laisserons pas prendre dans les mailles du filet.

L’unité dans le déchirement

Nous nous adressons au mouvement en lutte. Ne nous laissons pas déconcentrer par la loupe médiatique au service de l'idéologie dominante. En symbiose avec le pouvoir, les médias délateurs sont des cibles de choix pour les actions à venir. L'État cherchera désespérément des responsables et il s'en prendra aux plus combatifs et combatives d'entre nous : sa répression est politique et il trouvera tous les prétextes nécessaires pour tenter de mettre au pas celles et ceux qui, de plus en plus, osent le confronter, que ce soit dans la rue, dans les assemblées générales, dans les comités d'action et de mobilisation ou par la simple plume. On tente de présenter comme plus légitime les tendances qui exigent le moins possible, qui sont les moins dangereuses pour le maintien d'un semblant de statu quo afin de diviser le mouvement et d’isoler les tendances plus radicales de celles plus réformistes. Ne cédons rien. C'est seulement par la continuité du mouvement, l’expansion et l'intensification de celui-ci que nous pourrons aspirer à une société plus juste. The show must go down. La lutte continue.

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Nous appelons à une vigile de solidarité avec les personnes arrêtées dans le cadre de ce dossier et avec toute personne judiciarisée ou blessée dans le cadre de la lutte actuelle. Elle aura lieu le lundi 14 mai à 11h30 devant le Palais de Justice rue Saint-Antoine.

Post-scriptum:
Nous sommes très heureuses et heureux de constater que les journalistes de La Presse se sentent comme des stools en prison après avoir lu notre texte, mais ce n'était pas notre intention de leur faire peur. Les actions auxquelles nous faisions référence étaient du type de celles énumérées dans notre texte: vigile, manif, piquetage.
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The show must go down

The mainstream media swat team, with at its frontline newspaper La Presse and its journalists Gabrielle Duchaine, Vincent Larouche and Daphné Cameron, have finally succeeded into isolating the scapegoat that for long they’ve been looking for. Within the storm of securitarian mayhem that swept over Montreal since the morning-time paralysis of the Metro service, our groupe became the target of these mediocre journalists as the usual scarecrows, a den for radicals in all-out revolt, a headless chicken that’s agitating itself in all directions with the objective of maximal disruption of everything that society has in terms of bridges, tunnels, railroads, and what else?


The rules of the game: ours

We won’t deliver ourself as pasture to journalists, who are desperately looking for ways to contact us to obtain our comments, because we refuse to take part in the circus of the mainstream media. The informations on us that they are looking for is already available on our website et these are accessible to anyone who has the smallest interest in our project. We have nothing to add to what was already written, and the whole of the texts already published seem to be enough to satisfy curiosity towards us.

We are rather calling for active solidarity without any distinction nor condemnation with all those individuals criminalized by the State within the framework of the actual student strike movement, may it be for actions of disruption, protests or those in the many situations of injunction (a despotic measure still used by the courts to force teachers to give classes during the strike, countered repeatedly by the active blocking of colleges/universities by protesters). This solidarity expresses itself by the collective accountability in regards to the fate of each and every one. Denouncing this criminalization through protests or vigils, opposing the targeted arrests and snitching, bringing legal, financial and moral support to the arrestees and pressuring for the cancellation of their charges, watching the Police practices, giving first aid relief to the wounded, to hold on to each other. All this represents the basis of a culture of struggle that we must maintain and further develop. Police repression and its short/middle/long term consequences is an attack that has no common measure with the actions that punctuated the ongoing movement. We are all bathing in this same shit basin. We will let no one drown into it.


Staging a show of smoke (and mirrors)

Nous are reacting as such to the media and police treatment that now prevails. We noticed that even before the formal accusations were brought by the Montreal Police Department (SPVM), the persons suspected of having carried out the action on Thursday morning in the Montreal Metro were served with an worrying accusation of guilt, relayed without any hesitation by the mainstream media. Their personal addresses were made public, their private lives put under the microscope, the nasty remarks by their false friends were publicized like an unquestionable Truth. Their political opinions were ostracized, albeit the presumption of innocence that, in a country where the political elite and media consortium are bragging about it all the time, appeared to have been curiously swept away by the mediocre investigators and the low-grade columnists.

The perverted desire of the journalists and their bosses is to demonize the militants first, then a political group after, and then extending this to all the groups who are positioning themselves at the left of the CLASSE and the student federations. It consists, beyond any doubt, of a political attack by-the-book. The defamation and stigmatization play an integral part in the repressive process, because they are proving it with a bail-out. By choosing this way, La Presse and its sheep are demonstrating, once more, on which side of the barricades they position themselves: that of the baton, the arrests, the nerve gases, the pepperspray and the plastic bullets. Their little desktop leaders support the erosion of our liberties as projected through the House bill on mask-carrying and the obligation to provide the Police with a protest route. Is it surprising, in that context, to notice that Jean Charest himself is benefiting from the luxury of this toilet news paper’s owner (that ultra-rich globalist Paul Desmarais), by repeatedly taking vacations in his posh villa of Sagard?

We are condemning with strength the fascistic methods that are currently multiplying in Quebec when it comes to treating these events of social disruption. We are estimating that in comparison with the State brutality towards those who dare opposing its authority, the actual social movement is more submissive than it is disruptive. The acting minority who are committing acts for which they are facing criminal charges are unsurprisingly trailed in the mud by the purveyors of easy-thinking opinions, the lackeys of the big media industry, herself at the service of higher interests. We are claiming the right to resist for all for all those who are fed up with a society muzzled by the continuous disinformation of the maintream media, who are incapable of enduring the antisocial policies of the government. For all those who are pissed off of being harassed, injured or insulted by the police forces - who leave between life and death protesters that many will stop caring about later - for all this mass of people who, around the world, are struggling against all the violence imposed by capitalist restructuring, for all those people, we are claiming the right to legitimate wrath, to direct action and to revolt against a political, economic and social system who’s dumbing down consciousness and destroying lives.

By seeking to criminalize all forms of protests, by seeking to terrify the protesters in the hope of feeding-off the fantasies of witch-burning through a controlled “public opinion”, the State, in a totalitarian leap, is consolidating its authority with shots of so-called legitimate violence.
It doesn’t step back, nor discusses, neither it shakes itself out of measure in the face of the outcome of its recklessness. It is rather focussing all its resources at its disposal to shut up once and for all a social movement that has numerously proven itself. It hopes that one day it will be done with marginalizing, dividing and ridiculing the critics that are arising in the face of its tariffing policies -in which the neoliberal project consists- it will have the free way to pursue its purge of social services that we’d like to keep away from the private sector, accessible and of quality... We will not let ourselves fall in this trap.


Unity through tearing apart

We are addressing the struggling movement. Let’s not let our focus be taken away by the lens of the mainstream media a the service of the dominant ideology. In symbiosis with power, the snitch media are targets of choice for upcoming actions. The State will desperately try to find those responsible and will go after the most combative among us: its repression is political and it will find all the necessary pretexts for attempting to force those who confront it into submission, may it be in the street, in the general assemblies, in the action and mobilization committees or just in their writing. We are attempting to present as more legitimate the tendencies that are the lesser demanding, the lesser dangerous for the maintaining of the status quo in order to divide the movement and isolate the more radical tendencies from the more reformist. Let’s cede nothing. It is only through the continuity of the movement, the expansion and intensification of it that we can aspire to a fairer kind of society.

The show must go down. The struggle continues.

lundi 7 mai 2012

Ce syndicalisme que l'on combat

Et ce qui devait arriver arriva. L’essentiel de la contre-offre de la FECQ-FEUQ a été récupérée en une stratégie de sortie de crise sans gain sauf à très court terme. Après douze semaines intenses de grève, d’assemblées générales, de piquetage, de lutte aux injonctions, de solidarité, de rage, de blessures, d’arrestations, de manifestations, voilà ce à quoi on nous convie: à reporter de six mois la hausse de manière conditionnelle et réversible en attendant le rapport d’un comité truqué et sans aucune garantie. Une belle arnaque pour pousser un retour en classe et nous faire perdre notre rapport de force. L’erreur de la CLASSE a été de vouloir occuper à tout prix le terrain autrefois monopolisé par les fédérations étudiantes. Maintenant, elle abdique son syndicalisme de combat qui ne plaît pas à l’opinion publique pré-fabriquée et vacille maladroitement entre la négociation et la rue, causant plus de torts que de bien. Elle clame être l’association nationale ayant le plus de légitimité pour aller négocier, mais dans les faits elle ne peut que répéter sa revendication de retour aux frais de 2007. Ainsi, confrontée aux inévitables compromis d’une négociation, elle se trouve concrètement à n’avoir d’autre choix que de négocier un recul social et de se perdre dans les dédales de la concertation. En signant cette entente de principe, elle vend notre grève de trois mois contre la création d’un conseil producteur de statu quo et de potentielles miettes d’épargnes en frais afférents.

Pendant que nous sommes matraqué-es, gazé-es, blessé-es en essayant de perturber concrètement le congrès du parti libéral, que certains perdent des dents ou un œil, que nous mangeons du gaz, que nous tentons de renvoyer les bombes lacrymo vers la police équipée de masques et de balles de plastique, le co-porte-parole de la CLASSE nous appelle au calme. Sur commande, il répète comme un politicien automate son mandat de condamnation de la violence contre les personnes sauf en cas de légitime défense, laissant dans le flou s’il déplore nos actes ou ceux de la police. Deux étudiants qui ont frôlé la mort reposent toujours à l’hôpital et auront des séquelles à vie. Ils s’ajoutent à tous les autres blessé-es, humilié-es, arrêté-es et accusé-es abusivement dans les dernières semaines. Cette offre minable obtenue au bout d’un marathon de négociations se signe alors que notre contestation vient de vivre son épisode le plus sanglant. Mais on nous dit d’entendre raison, d’être de «bonne foi», que tous ces gens peuvent aller se rhabiller: on verra tout ça dans six mois. On jurerait entendre au loin: « Cette grève est maintenant terminée, on vous demande de vous disperser et de rentrer en classe».

Toujours aussi pauvres... avec des principes en moins?

L’offre du gouvernement ne recule en rien sur la hausse prévue des frais de scolarité. Elle instaure plutôt un comité, majoritairement composé de représentant-es gouvernementaux et patronaux, ayant comme objectif de trouver des sommes à couper dans les universités. Les sommes récupérées par cet exercice seraient réinvesties dans la diminution de la facture étudiante, mais seulement jusqu’à hauteur des frais afférents. En attendant la remise du rapport de ce comité, les universités permettront aux étudiantes et étudiants de remettre à plus tard le paiement de leurs frais afférents pour un montant équivalent à la hausse de la session d’automne. Mais si le comité ne trouve pas suffisamment d’argent à couper, ces frais seront tout de même perçus rétroactivement.

Avec la signature de cette offre, la CLASSE entre de plain-pied dans la logique néolibérale qu’elle prétend pourtant dénoncer. La hausse des frais de scolarité s’inscrit en effet dans une politique plus générale visant à transférer le financement des services publics de l’impôt plus ou moins progressif vers une tarification basée sur le principe de l’utilisateur-payeur. Ainsi, on assiste avec l’acceptation du principe de la hausse des frais de scolarité, synonyme de l’abandon de celui de la gratuité des services publics, à un véritable renoncement politique qui place désormais la CLASSE au même niveau que les fédérations étudiantes et les syndicats corporatistes. On ne critique plus la politique tarifaire du gouvernement, on se contente maintenant de faire de la gestion à la baisse des budgets destinés à la population étudiante. L’ensemble des paramètres de la création du conseil d’évaluation de la gestion des universités font partie d’une démarche concertationniste contraire aux principes qui animent supposément la coalition de grève.

Cette nouvelle instance de surveillance bidon mis en place par l’offre, où siégeraient côte-à-côte délégué-es étudiantes et étudiants, idéologues de droite et représentant-es des intérêts patronaux vise l’atteinte d’une bonne gouvernance apte à conformer la gestion des universités aux principes néolibéraux. On leur applique des critères d’efficience et de productivité traditionnellement réservés au privé pour en assurer la bonne gestion, détournant ainsi le savoir vers des fins privées. C’est dans ce jeu de pillage du savoir public par le privé que la FECQ-FEUQ et la CLASSE se sont embarquées en cherchant à tout prix à être reconnu comme des interlocutrices crédibles et raisonnables auprès du gouvernement afin d’avoir l’accès à une table de négociation , sur laquelle le gouvernement n’a jamais eu l’intention de siéger sérieusement.

C’est là où la logique des négociations devait forcément mener une CLASSE qui, tout en se réclamant des principes du syndicalisme de combat, a dans les faits une pratique qui tend vers un concertationnisme se rapprochant de celui des fédérations étudiantes. Le syndicalisme de combat, duquel se réclame l'ASSÉ dans ses principes de base, implique de compter avant tout sur nos propres moyens, sur notre rapport de force et sur nos propres outils de mobilisation et de diffusion. Or, la stratégie de la CLASSE est plutôt marquée par ses tentatives d’intégration à des médiums dont le contrôle nous échappe, à commencer par une acceptation tacite de la logique des médias de masse par le comité médias jusqu'à la participation à cette table de négociation de laquelle le gouvernement tire toujours les ficelles.

L’optique d’une lutte victorieuse par un rapport de force est incompatible avec l’idée du compromis. Le syndicalisme de combat sous-tend que les décisions du gouvernement sont soumises aux groupes qui exercent sur lui une pression, dans la plupart des cas de nature économique. Présentement, le mouvement étudiant écrase le gouvernement d’une pression économique (frais de la répression, le salaire des profs qui n’enseignent pas, les pertes liées au blocages, etc.) et structurelle (immobilisme complet du système de l’éducation) qui l’oblige à modifier son budget, à élaborer des plans pour tenter de résorber le conflit social en présence. Et oui, ça marche! Ce sont ces pressions instaurées par le syndicalisme de combat qui amènent le gouvernement à ouvrir sa table aux stratégies concertationnistes. Ces prétendues négociations sont une issue facile au conflit pour le gouvernement et ses allié-es, mais elles demeurent vaines tant que le mouvement ne les légitime pas. Heureusement, la base étudiante ne semble pas dupe de ces stratégies louvoyantes, les rejets de l’offre gouvernementale étant, ce lundi 7 mai, extrêmement massifs.

L’atteinte des revendications claires et globales affichées depuis le début de la grève est la seule véritable solution qui doit être présentée au gouvernement puisque de toute façon le mouvement étudiant ne prendra fin qu’aux conditions qu’il se votera ou à son épuisement. Le gouvernement attendait l’épuisement, il l’attend toujours... mais cette fois, avec une annulation palpable des sessions collégiales, le temps joue en sa défaveur. Le compromis qui viserait à consentir une diminution de nos revendications n’est pas défendable. Ce n’est pas stratégique: dans tous les cas, il y aurait recul social, échec que le mouvement peut et doit éviter. Ce n’est pas raisonnable non plus: un bras de fer entre le bien commun et le néolibéralisme ne se soldera jamais à l’amiable. Peu importe nos arguments, nous ne convaincrons pas les dominants: il nous faut les vaincre. Pour ne pas saper nous-mêmes cette lutte que nous menons, nous ne pouvons leur céder du terrain ni sur le plan des revendications, ni sur celui des conditions dans lesquelles se déroulent ce qu’ils appellent faussement «négociation». Suivre à la lettre les règles du jeu de la négociation imposées par l’autre partie, telles que d’exclure des membres du comité de négos à la table, respecter un huis clos contraire aux mandats de la CLASSE, souscrire à une trêve (ou même y prétendre), subir des négos de 22 heures sans arrêt au moment où des personnes se font brutaliser et blesser gravement au congrès du PLQ, en plus de se soumettre à la demande de condamner la violence encore une fois, ce n’est plus du syndicalisme de combat. Si les associations membres de la CLASSE ne se réveillent pas, cette dernière se dirigera tout droit vers le mur du discours comptable et de la gestion de coupures, laissant mourir les débats de fond et les idéaux sociaux qui devraient normalement l’animer.

La multiplication des miettes

Les fédérations étudiantes ont lancé les grenailles de gains en premier avec leur contre-offre du 1er mai, donnant au gouvernement la possibilité d'accepter un moratoire de deux ans sur la contribution étudiante et sur celle des contribuables en échange du retour en classe. Le tout, bien sûr, sans avoir consulté leurs assemblées générales. Non sans surprise, les tendances fortement anti-démocratiques des fédérations étudiantes ont donné l’image d’un mouvement faible face au gouvernement. Une erreur titanesque alors que nous sommes toujours plus de 150 000 étudiant-es en grève. Ignorant la puissance du rapport de force émanant de la rue, les fédérations ont commencé à vendre le mouvement de grève. Ainsi, récoltant les miettes pour en faire de plus petites, le gouvernement s’est empressé d’accueillir avec tant de bonne foi différentes personnes à sa table afin de nous offrir encore plus de bouette à la sauce gouvernance néolibérale et encore plus de miettes que les fédérations étudiantes.

Si nous pensions que le moratoire de deux ans des fédérations étudiantes était un suicide social, un pseudo moratoire de six mois réversible est une complète destruction de tout futur élan contestataire, de tout autre soulèvement social, signant la mort du mouvement étudiant. La grève a fait ses preuves dans plusieurs luttes sociales, syndicales et ouvrières et si elle a réussi si souvent, c’est que celles et ceux qui y ont participé n’ont pas abandonné aux premiers simulacres d’ouverture de la part de la partie adverse.
Comment convaincrons-nous les gens de retourner en grève, de remettre en péril leur diplôme, de revivre la répression policière et le profilage politique, de revivre la discorde au sein de leur famille face à cette lutte, et davantage après un échec aussi lamentable ? Que dirons-nous aux dizaines de blessé-es graves et à leurs proches? Retournez en classe, on verra dans six mois si on est capable de réduire la hausse d’un montant inconnu et non-garanti ? Le tout dans un processus soumis à un conseil géré majoritairement par des recteurs riches à craquer et des représentant-es nommé-es par une ministre qui déjeune avec la mafia ?

Au cours de cette grève, les attaques au droit à la contestation ont fait preuve d'une violence structurelle de plus en plus agressive. À ce stade-ci de la lutte, la grève, plus qu'un moyen de mettre fin à une hausse, se porte aussi à la défense de la légitimité des mouvements sociaux. Après avoir tant lutté pour l’accessibilité à l’éducation, pour abaisser les barrières économiques qui l’obstruent, nous ne pouvons nous permettre de rentrer en classe sans même que les revendications à la base de notre lutte n’aient été entendues. Au point où nous en sommes, nous ne pouvons vraiment rien perdre de plus, nous avons tout à gagner, restons en grève!





Gagnant-gagnant mon cul !

Même d’un point de vue corporatiste, l’offre gouvernementale est ridiculement décevante: elle ne comporte aucune garantie de gains pour les étudiant-es, ne faisant que reporter le problème de 6 mois. Le montant de 125$ réduisant la facture étudiante la session prochaine n’est pas même garanti à long terme: c’est seulement une marge de crédit ouverte au cas improbable où les discussions sur la gestion des universités porteraient fruit.

L’offre propose aussi la création d’un comité chargé de dégager des sommes dans la gestion des universités, mais n’ayant aucun pouvoir réel: la décision finale d’appliquer ou non ses recommandations reviendra à la ministre. La composition du comité, où la partie gouvernementale sera majoritaire, ne permet aucunement de penser que ce qui s’y discutera sera bénéfique. La forte présence des recteurs d’universités, par exemple, empêchera certainement de remettre en question les salaires indécents de ceux-ci ou bien la qualité de leur gestion, et ce malgré les illusions puériles du président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin. La nature de ce qui sera considéré comme du gras à couper est toujours inconnue et personne ne peut garantir que les services aux étudiant-es ne seront pas prioritairement ciblés. 

De même, les sommes dégagées par l’exercice de gestion des coupures ne seront réinvesties que dans la diminution des frais afférents (FIO), alors que ceux-ci varient non seulement considérablement d’université en université, mais ne sont pas suffisamment élevés pour compenser la hausse prévue même s’ils étaient complètement éliminés. En moyenne, ces frais représentent 700$ par année. S’ils sont entièrement éliminés, la hausse demeurera tout de même de plus de 1000$ par année. L’offre est donc financièrement extrêmement limitée et les possibilités sont grandes pour qu’elle ne se matérialise tout simplement pas. 

En résumé, il nous est dit qu’on s'arrange pour que la facture n'augmente pas le temps qu'un comité remette un rapport sur la gestion des universités, dans 6 mois. L'objectif est de donner un bonbon assez gros pour forcer un retour en classe et nous faire perdre notre rapport de force. La hausse est maintenue. On ne gagnera rien avec ça.

vendredi 23 mars 2012

La grève commence aujourd’hui

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Tract distribué lors de la manifestation étudiante du 22 mars.



Le 22 mars se présente comme le zénith de la grève, son point culminant, celui à partir duquel le gouvernement n’aura d’autre choix que de nous faire une offre ou d’être encore plus répressif. Les fédérations étudiantes (FECQ-FEUQ) ont bien calculé leur coup, prévu depuis des mois : grosse manif dans la semaine du budget, puis congrès national cette même fin de semaine et, hier, demande au gouvernement de nommer un médiateur. La fin de la grève pourrait effectivement être très proche. Une offre est peut-être même déjà sur la table, sur le point d’être présentée aux étudiantes et aux étudiants en lutte.

Dans le cas contraire, les plus mous s’effondreront devant la ligne dure du gouvernement et appelleront à la fin de la grève dans la défaite. Dans tous les cas, les fédérations étudiantes, les grands médias et le gouvernement convergeront alors tous vers un même discours : la grève s’essouffle. Le compromis, s’il y en a un, est raisonnable et les étudiantes et les étudiants doivent retourner en classe afin de ne pas compromettre une session qui a déjà été bien chamboulée. Dès maintenant, il nous faut dévoiler la foutaise de ce discours et son caractère profondément manipulateur : les médias et les organisations nationales sont des relais bien dociles certes, mais ce ne sont pas eux et elles qui font vivre cette grève.

Les médias sont aux mains de grands conglomérats capitalistes qui appuient sans réserve l’idéologie néolibérale dont la hausse des frais de scolarité n’est que l’une des applications concrètes. Leurs propriétaires, Péladeau, Desmarais, Rémillard ont intérêt à ce que leurs impôts baissent, à ce que les politiques de redistribution des richesses soient de plus en plus limitées. La profondeur de leur portefeuille en dépend et ils l’ont bien compris en alignant ce que publient leurs entreprises privées sur une ligne éditoriale conforme à leurs intérêts.

C’est pour ces raisons que les médias diluent notre discours et font de notre lutte un spectacle télévisuel sous l’emprise de porte-parole érigé-es en vedettes. Ils contribuent à étiqueter abusivement comme « violente » toute action exerçant une réelle pression sur l’État, dans l’objectif de nous dénier toute légitimité. Le mouvement étudiant est parfois complice de cette logique qui ne crée pas vraiment apparences. Croire les médias quand ils parleront d’essoufflement de la grève après quelques petits votes insignifiants en faveur d’un retour en classe, croire que les actions de perturbations sont illégitimes parce que violentes, ce serait tout simplement croire ce que nos adversaires souhaitent nous inculquer. Ce serait laisser à nos opposants le soin de définir nos mots d’ordres. Ce serait se laisser manipuler grossièrement.

De leur côté, les fédérations étudiantes se présentent comme les actrices modérées et tentent – jusqu’ici sans grand succès – d’être les interlocutrices privilégiées du gouvernement. Pour ce faire, elles sont prêtes à accepter avec gratitude les premières miettes lâchées par le gouvernement et à proposer des solutions alternatives qui s’avèreront rapidement des défaites, comme elles l’ont déjà fait après la manifestation du 10 novembre dernier, en proposant d’aller chercher l’argent du gel des frais en coupant les crédits d’impôts dont profite la population étudiante.

La CLASSE, de son côté, pourrait être effrayée par les conséquences d’un appel à la poursuite de la grève. Certaines voix se feront insistantes et pourraient en appeler à un « repli stratégique » – un euphémisme pour dire retour en classe – qui n’aurait d’autre objectif que de protéger l’ASSÉ contre un backlash post-grève. La peur de perdre des membres en défendant une ligne combative pourrait alors lui faire prendre un virage corporatiste. Faut-il souligner que les organisations étudiantes doivent être soumises aux impératifs de la lutte, et non l’inverse ?Si toutes les associations nationales nous lâchent, nous aurons à continuer la lutte dans le cadre d’une souveraineté totale face à celles-ci, multipliant les rapports solidaires entre les associations locales toujours en grève pour obtenir ce pourquoi nous combattons.

Si une première offre gouvernementale est soumise bientôt, ce sera là une preuve de faiblesse de la part de la ministre. Mais même si celle-ci maintien l’actuelle ligne dure, un gros atout demeure dans notre jeu. La grève pèse même en l’absence d’actions de perturbation économique massive, car le blocage du système d’éducation peut retarder l’entrée d’une cohorte sur le marché du travail tout en créant un bouchon au moment des prochaines inscriptions. Une de nos plus grande force, c’est notre capacité collective à bloquer la formation de la main-d’œuvre, et s’attaquer ainsi aux intérêts économiques qui ont une si forte influence sur l’État.

Nous sommes les porteuses et les porteurs de cette grève. Nous n’avons pas créé ce mouvement pour nous écraser à la première occasion. N’attendons pas que d’autres scandent leurs mots d’ordre de retour en classe. Ce pouvoir démocratique nous revient de droit et nous n’avons pas à nous plier à des appels avec lesquels nous ne sommes pas d’accord. Nous avons pris le pavé depuis plus d’un mois, participant de surcroît à des actions de plus en plus populeuses. La solidarité grandit, la résistance se durcit, nous sommes en colère, nous sommes enragé-es face au mutisme du gouvernement et la répression des « gardiens de la paix ». Rien ne devrait nous convaincre de retourner sur les bancs d’école, sauf la victoire.

Le problème qui se pose à nous, grévistes, après le 22 mars est le suivant : comment résister à la force brute de la répression du mouvement ? La police ne retiendra pas ses coups pour nous repousser sur les bancs d’école. Le gouvernement, les médias et les fédérations étudiantes ont l’habitude historique de nous faire avaler des offres minables dans les assemblées générales. Le 22 mars pourrait être une date historique dans l’histoire du mouvement étudiant. Ça pourrait être le moment où nous avons collectivement compris comment on nous manipule. Ça pourrait être le moment où nous avons choisi d’aller jusqu’au bout de nos convictions, où nous avons montré que nous refusions un avenir pavé de dettes que nous devrons payer aux criss de capitalistes. Ça pourrait être le jour où on a crié, tout le monde, notre profond dégoût du futur qu’on nous prépare, de la société injuste, répressive et oppressante que les politiques de Charest présagent, et dont les coups de matraque, les gaz, les flashbangs, les arrestations et le poivre nous donnent un avant-goût.

Le 22 mars doit être le début de la grève, pas sa fin.

jeudi 23 février 2012

PARABELLUM

Si vis pacem, para bellum ; si tu veux la paix, prépare la guerre. Voici le journal de grève de Force étudiante critique. Il se veut une contribution à cette lutte étudiante qui n’est qu’un moment de la lutte totale contre la société capitaliste et ses structures patriarcales et racistes les plus arriérées.
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Sommaire

Éditorial 1
Problème technique 3
Critique féministe de la conception libérale de la démocratie 4
L'effet papillon: ouvre-boîte pour un mouvement hermétique 5
Q-de-Sac: analyse critique de la social-démocratie québécoise 8
PropAGande 11
La poigne de fer 12
Précaires parmi les précaires 13
Mirage médiatique 14
Présentation du groupe 16



Si vous désirez des copies papier, écrivez-nous et nous prendrons arrangement.