lundi 7 mai 2012

Ce syndicalisme que l'on combat

Et ce qui devait arriver arriva. L’essentiel de la contre-offre de la FECQ-FEUQ a été récupérée en une stratégie de sortie de crise sans gain sauf à très court terme. Après douze semaines intenses de grève, d’assemblées générales, de piquetage, de lutte aux injonctions, de solidarité, de rage, de blessures, d’arrestations, de manifestations, voilà ce à quoi on nous convie: à reporter de six mois la hausse de manière conditionnelle et réversible en attendant le rapport d’un comité truqué et sans aucune garantie. Une belle arnaque pour pousser un retour en classe et nous faire perdre notre rapport de force. L’erreur de la CLASSE a été de vouloir occuper à tout prix le terrain autrefois monopolisé par les fédérations étudiantes. Maintenant, elle abdique son syndicalisme de combat qui ne plaît pas à l’opinion publique pré-fabriquée et vacille maladroitement entre la négociation et la rue, causant plus de torts que de bien. Elle clame être l’association nationale ayant le plus de légitimité pour aller négocier, mais dans les faits elle ne peut que répéter sa revendication de retour aux frais de 2007. Ainsi, confrontée aux inévitables compromis d’une négociation, elle se trouve concrètement à n’avoir d’autre choix que de négocier un recul social et de se perdre dans les dédales de la concertation. En signant cette entente de principe, elle vend notre grève de trois mois contre la création d’un conseil producteur de statu quo et de potentielles miettes d’épargnes en frais afférents.

Pendant que nous sommes matraqué-es, gazé-es, blessé-es en essayant de perturber concrètement le congrès du parti libéral, que certains perdent des dents ou un œil, que nous mangeons du gaz, que nous tentons de renvoyer les bombes lacrymo vers la police équipée de masques et de balles de plastique, le co-porte-parole de la CLASSE nous appelle au calme. Sur commande, il répète comme un politicien automate son mandat de condamnation de la violence contre les personnes sauf en cas de légitime défense, laissant dans le flou s’il déplore nos actes ou ceux de la police. Deux étudiants qui ont frôlé la mort reposent toujours à l’hôpital et auront des séquelles à vie. Ils s’ajoutent à tous les autres blessé-es, humilié-es, arrêté-es et accusé-es abusivement dans les dernières semaines. Cette offre minable obtenue au bout d’un marathon de négociations se signe alors que notre contestation vient de vivre son épisode le plus sanglant. Mais on nous dit d’entendre raison, d’être de «bonne foi», que tous ces gens peuvent aller se rhabiller: on verra tout ça dans six mois. On jurerait entendre au loin: « Cette grève est maintenant terminée, on vous demande de vous disperser et de rentrer en classe».

Toujours aussi pauvres... avec des principes en moins?

L’offre du gouvernement ne recule en rien sur la hausse prévue des frais de scolarité. Elle instaure plutôt un comité, majoritairement composé de représentant-es gouvernementaux et patronaux, ayant comme objectif de trouver des sommes à couper dans les universités. Les sommes récupérées par cet exercice seraient réinvesties dans la diminution de la facture étudiante, mais seulement jusqu’à hauteur des frais afférents. En attendant la remise du rapport de ce comité, les universités permettront aux étudiantes et étudiants de remettre à plus tard le paiement de leurs frais afférents pour un montant équivalent à la hausse de la session d’automne. Mais si le comité ne trouve pas suffisamment d’argent à couper, ces frais seront tout de même perçus rétroactivement.

Avec la signature de cette offre, la CLASSE entre de plain-pied dans la logique néolibérale qu’elle prétend pourtant dénoncer. La hausse des frais de scolarité s’inscrit en effet dans une politique plus générale visant à transférer le financement des services publics de l’impôt plus ou moins progressif vers une tarification basée sur le principe de l’utilisateur-payeur. Ainsi, on assiste avec l’acceptation du principe de la hausse des frais de scolarité, synonyme de l’abandon de celui de la gratuité des services publics, à un véritable renoncement politique qui place désormais la CLASSE au même niveau que les fédérations étudiantes et les syndicats corporatistes. On ne critique plus la politique tarifaire du gouvernement, on se contente maintenant de faire de la gestion à la baisse des budgets destinés à la population étudiante. L’ensemble des paramètres de la création du conseil d’évaluation de la gestion des universités font partie d’une démarche concertationniste contraire aux principes qui animent supposément la coalition de grève.

Cette nouvelle instance de surveillance bidon mis en place par l’offre, où siégeraient côte-à-côte délégué-es étudiantes et étudiants, idéologues de droite et représentant-es des intérêts patronaux vise l’atteinte d’une bonne gouvernance apte à conformer la gestion des universités aux principes néolibéraux. On leur applique des critères d’efficience et de productivité traditionnellement réservés au privé pour en assurer la bonne gestion, détournant ainsi le savoir vers des fins privées. C’est dans ce jeu de pillage du savoir public par le privé que la FECQ-FEUQ et la CLASSE se sont embarquées en cherchant à tout prix à être reconnu comme des interlocutrices crédibles et raisonnables auprès du gouvernement afin d’avoir l’accès à une table de négociation , sur laquelle le gouvernement n’a jamais eu l’intention de siéger sérieusement.

C’est là où la logique des négociations devait forcément mener une CLASSE qui, tout en se réclamant des principes du syndicalisme de combat, a dans les faits une pratique qui tend vers un concertationnisme se rapprochant de celui des fédérations étudiantes. Le syndicalisme de combat, duquel se réclame l'ASSÉ dans ses principes de base, implique de compter avant tout sur nos propres moyens, sur notre rapport de force et sur nos propres outils de mobilisation et de diffusion. Or, la stratégie de la CLASSE est plutôt marquée par ses tentatives d’intégration à des médiums dont le contrôle nous échappe, à commencer par une acceptation tacite de la logique des médias de masse par le comité médias jusqu'à la participation à cette table de négociation de laquelle le gouvernement tire toujours les ficelles.

L’optique d’une lutte victorieuse par un rapport de force est incompatible avec l’idée du compromis. Le syndicalisme de combat sous-tend que les décisions du gouvernement sont soumises aux groupes qui exercent sur lui une pression, dans la plupart des cas de nature économique. Présentement, le mouvement étudiant écrase le gouvernement d’une pression économique (frais de la répression, le salaire des profs qui n’enseignent pas, les pertes liées au blocages, etc.) et structurelle (immobilisme complet du système de l’éducation) qui l’oblige à modifier son budget, à élaborer des plans pour tenter de résorber le conflit social en présence. Et oui, ça marche! Ce sont ces pressions instaurées par le syndicalisme de combat qui amènent le gouvernement à ouvrir sa table aux stratégies concertationnistes. Ces prétendues négociations sont une issue facile au conflit pour le gouvernement et ses allié-es, mais elles demeurent vaines tant que le mouvement ne les légitime pas. Heureusement, la base étudiante ne semble pas dupe de ces stratégies louvoyantes, les rejets de l’offre gouvernementale étant, ce lundi 7 mai, extrêmement massifs.

L’atteinte des revendications claires et globales affichées depuis le début de la grève est la seule véritable solution qui doit être présentée au gouvernement puisque de toute façon le mouvement étudiant ne prendra fin qu’aux conditions qu’il se votera ou à son épuisement. Le gouvernement attendait l’épuisement, il l’attend toujours... mais cette fois, avec une annulation palpable des sessions collégiales, le temps joue en sa défaveur. Le compromis qui viserait à consentir une diminution de nos revendications n’est pas défendable. Ce n’est pas stratégique: dans tous les cas, il y aurait recul social, échec que le mouvement peut et doit éviter. Ce n’est pas raisonnable non plus: un bras de fer entre le bien commun et le néolibéralisme ne se soldera jamais à l’amiable. Peu importe nos arguments, nous ne convaincrons pas les dominants: il nous faut les vaincre. Pour ne pas saper nous-mêmes cette lutte que nous menons, nous ne pouvons leur céder du terrain ni sur le plan des revendications, ni sur celui des conditions dans lesquelles se déroulent ce qu’ils appellent faussement «négociation». Suivre à la lettre les règles du jeu de la négociation imposées par l’autre partie, telles que d’exclure des membres du comité de négos à la table, respecter un huis clos contraire aux mandats de la CLASSE, souscrire à une trêve (ou même y prétendre), subir des négos de 22 heures sans arrêt au moment où des personnes se font brutaliser et blesser gravement au congrès du PLQ, en plus de se soumettre à la demande de condamner la violence encore une fois, ce n’est plus du syndicalisme de combat. Si les associations membres de la CLASSE ne se réveillent pas, cette dernière se dirigera tout droit vers le mur du discours comptable et de la gestion de coupures, laissant mourir les débats de fond et les idéaux sociaux qui devraient normalement l’animer.

La multiplication des miettes

Les fédérations étudiantes ont lancé les grenailles de gains en premier avec leur contre-offre du 1er mai, donnant au gouvernement la possibilité d'accepter un moratoire de deux ans sur la contribution étudiante et sur celle des contribuables en échange du retour en classe. Le tout, bien sûr, sans avoir consulté leurs assemblées générales. Non sans surprise, les tendances fortement anti-démocratiques des fédérations étudiantes ont donné l’image d’un mouvement faible face au gouvernement. Une erreur titanesque alors que nous sommes toujours plus de 150 000 étudiant-es en grève. Ignorant la puissance du rapport de force émanant de la rue, les fédérations ont commencé à vendre le mouvement de grève. Ainsi, récoltant les miettes pour en faire de plus petites, le gouvernement s’est empressé d’accueillir avec tant de bonne foi différentes personnes à sa table afin de nous offrir encore plus de bouette à la sauce gouvernance néolibérale et encore plus de miettes que les fédérations étudiantes.

Si nous pensions que le moratoire de deux ans des fédérations étudiantes était un suicide social, un pseudo moratoire de six mois réversible est une complète destruction de tout futur élan contestataire, de tout autre soulèvement social, signant la mort du mouvement étudiant. La grève a fait ses preuves dans plusieurs luttes sociales, syndicales et ouvrières et si elle a réussi si souvent, c’est que celles et ceux qui y ont participé n’ont pas abandonné aux premiers simulacres d’ouverture de la part de la partie adverse.
Comment convaincrons-nous les gens de retourner en grève, de remettre en péril leur diplôme, de revivre la répression policière et le profilage politique, de revivre la discorde au sein de leur famille face à cette lutte, et davantage après un échec aussi lamentable ? Que dirons-nous aux dizaines de blessé-es graves et à leurs proches? Retournez en classe, on verra dans six mois si on est capable de réduire la hausse d’un montant inconnu et non-garanti ? Le tout dans un processus soumis à un conseil géré majoritairement par des recteurs riches à craquer et des représentant-es nommé-es par une ministre qui déjeune avec la mafia ?

Au cours de cette grève, les attaques au droit à la contestation ont fait preuve d'une violence structurelle de plus en plus agressive. À ce stade-ci de la lutte, la grève, plus qu'un moyen de mettre fin à une hausse, se porte aussi à la défense de la légitimité des mouvements sociaux. Après avoir tant lutté pour l’accessibilité à l’éducation, pour abaisser les barrières économiques qui l’obstruent, nous ne pouvons nous permettre de rentrer en classe sans même que les revendications à la base de notre lutte n’aient été entendues. Au point où nous en sommes, nous ne pouvons vraiment rien perdre de plus, nous avons tout à gagner, restons en grève!





13 commentaires:

  1. Je pense sincerement que vos revendications de base ont ete entendues par les gens du Quebec avec tout le tapage que vous avez fait a date.C'est une bataille a continuer progressivement et non pas a finir en determinant un gagnant et un perdant,car le prix a payer est que tout le monde sera perdant en fin de compte.Quand vous dites:"Au point où nous en sommes, nous ne pouvons vraiment rien perdre de plus, nous avons tout à gagner, restons en grève!" C'est ce qui s'appelle de l'entetement purement et simplement...quant tu fais face a un mur qui devient toujours plus resistant,pourquoi s'enteter a se cogner la tete dessus...chercher d'autres facons de faire passer votre message,ce n'est pas la 1ere annee d'augmentation qui mettra tous les etudiants dans le trou et votre greve en mettra davantage si vous ne lachez pas prise.Savoir reconnaitre ses forces et ses faiblesses c'est savoir quoi faire quand c'est le temps...Je risque quoi au juste si je decide d'arreter la greve mais de continuer la bataille.Du changement on a besoin c'est certain mais l'imposer a toute la population sans son consentement c'est pas mieux que ce que fait le gvt en place.
    Comme vous dites...on a rien de plus a perdre...je pense que vous avez beaucoup a perdre car votre entetement est en train de rendre l'opinion publique contre votre demande de base ce qui n'est surement votre But final et ca risque de prendre beaucoup plus d'arguments pour changer la vapeur de bord et d'encore plus de temps ! Exiger dans vos revendications et negos qu'aux prochaines elections que votre demande de gratuite soit au programme de chaque parti afin que ce soit entendu et negocie. Ne vous declarez pas perdant parce que vous n'avez pas gagne une manche,la partie est loin d'etre terminee.Limiter les pertes pour tous c'est un peu pas mal aussi de limiter les depenses ce que vous rechercher dans le gvt...

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  2. Vous êtes assez ridicules avec vos positions.

    Niveler par le bas, on va avoir toute une société! Ce que vous voulez ce sont des universités Wal-Mart, peu importe la qualité c'est le prix qui compte.

    Alez vous acheter du papier de vl,encre et imprimer vos diplômes, cela aura la même valeur!

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    1. On n'a encore rien vu. Les plus capotés de la FEC et de la CLASSE s'en viennent avec une exigence ultime: LE SALAIRE ÉTUDIANT!!!

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    2. Bonne idée....cela vaut sûrement au minimum 100 000$ par année étudier en sciences sociales....

      Pas de problème pour le concept de gratuité scolaire. Par contre, rendons accessible l'université aux étudiants qui ont du talent seulement. Pis, contingentons les programmes de sciences sociales!!! À mon avis, il y en a trop qui ne savent pas pourquoi, ils sont aux études dans ces programmes. Également, je trouve qu'il a beaucoup trop de "ogue" au Québec. Pour moi ça coûte trop cher former des futurs chômeurs et/ou dans le meilleur des cas des futurs concierges dans nos beaux programmes universitaires de sciences sociales. Et pour terminer,, honte sur vous professionnels de l'enseignement qui encourage vous étudiants avec votre idéologie de gauche qui consiste à niveler toujours par le bas!

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  3. http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/justice-et-faits-divers/201205/11/01-4524595-paralysie-du-metro-les-suspects-se-livrent-a-la-police.php

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  4. Les syndicats demandent aux étudiants de ne pas faire de casse, de ne pas intimider, d'être soumis au pouvoir corrompu de Charest. FTQ, CSN, CSD, des experts en casse, en intimidation, en revendication! Est-ce possible d'être plus hypocrite que cela? Qu'est-ce que les corrompus se sont promis entre eux?

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    1. Tout le monde est corrompu, tout le monde est hypocrite tout le temps! Depuis que je suis au monde que j'entends cette vieille toune usée. Les frustrés, les ratés de la FAC et de la CLASSE apportez donc des idées nouvelles pour faire avancer la société...bla bla bla

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    2. Quand on envoie de l'argent en appui à un politicien, moi je vois ça comme de la corruption, une enveloppe de main à main sur la table au lieu d'être en dessous. Est-ce le fait de ne pas se cacher qui transforme la corruption en action démocratique?

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  5. Revenez sur terre! Nous sommes passés par le même chemin, avec des moyens financiers pour la plupart bien inférieurs à ceux dont vous disposez, mais toutefois avec la ferme intention de se consacrer à nos études. Revenez sur terre, petits révolutionnaires! Vous chiez sur le système actuel, brandissez des pseudos principes de démocratie que vous appliquez comme bon vous semble! À deux pas d'une dictature gauchiste.

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  6. On crie de tous bords, tous côtés pour avoir des élections au plus sacrant. Soit, voici les élections mais, oh! horreur, les libéraux sont réélus majoritairement. Voila un scénario que l'on ne peut écarter du revers de la main. Alors la FAC et la CLASSE, qu'est-ce qu'on fait? On prend les armes comme les Brigades Rouges en Allemagne qui, eux aussi, voulaient changer le système de fond en comble. Conclusion: ces brigades se sont retrouvés en prison, déculottés et avec leur vie ruinée. C'est ce qui vous attend, bande de Don Quichotte.

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    1. Petite correction: Les "brigades rouges" c'était en Italie. En allemagne, il y avait la "Fraction armée rouge".

      C'est sûr que les faits ne devraient jamais venir troubler une opinion, mais bon...

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  7. Vous vivez vraiment sur un autre monde. Votre dogmatisme crasse trahis votre manque d'arguments. Vous tentez désespérément de donner de la légitimité à la violence, mais vous échouez lamentablement. Vous êtes la risée et la honte des étudiants. Vous ne faites pas pitié deux secondes, vous vous révoltez pour une petite hausse de frais de scolarité qui n'affectera pas l’accessibilité à l'université.

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    1. Si je comprends bien, la hausse des frais n'affecte en rien l'accessibilité à l'université. Mais la hausse des impôts ou des redevances minières va irrémédiablement affecter l'accessibilité aux investissements.

      C'est sûr que c'est logique...

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